Le Canada a une façon plutôt pratique de faire en sorte que la relocalisation interprovinciale semble simple.
Un employé accepte un poste dans une autre province. L’employeur autorise le versement d’avantages liés à la relocalisation. Une entreprise de déménagement transporte les biens ménagers, un hébergement temporaire est organisé si nécessaire, et la famille trouve un endroit où vivre.
Pas de frontière internationale. Pas de permis de travail. Pas de dédouanement.
Selon les normes de la mobilité internationale, cela devrait être relativement simple.
Et, à bien des égards, ça l’est.
Mais il existe un curieux angle mort dans la façon dont le secteur de la relocalisation a traditionnellement abordé ces déménagements.
Nous sommes devenus très efficaces pour déplacer les gens d’une province à l’autre, sans pour autant prêter suffisamment attention aux changements qui les attendent une fois sur place.
Un pays ne signifie pas un ensemble unique de règles
Déménager d’une province canadienne à une autre peut sembler n’être qu’un changement relativement mineur. Même pays, même monnaie, institutions et services globalement familiers.
« Pareil, mais différent », comme le dit l’expression.
Le problème, c’est que ces différences ne sont pas toujours évidentes tant qu’une famille ne les a pas vécues.
Prenons l’exemple d’une famille qui déménage de l’Ontario en Colombie-Britannique.
Ils savent qu’ils ont besoin d’une nouvelle maison. Ils ont sans doute des préférences quant aux quartiers, aux distances de trajet et aux écoles. Ils s’inquiètent peut-être de la situation du marché immobilier et se demandent si leurs meubles arriveront à temps.
Voilà les questions que les familles savent poser.
Mais qu’en est-il des questions qu’elles ne posent pas?
L’éducation de leurs enfants se poursuivra-t-elle comme prévu? Leurs permis de conduire actuels seront-ils valides sans problème? Quelles sont les exigences provinciales applicables à leurs véhicules? Comment fonctionnera le système de santé? Existe-t-il des différences dans les pratiques en matière de logement ou les règles de location qui pourraient influencer leurs décisions?
Certaines de ces questions sont simples. D’autres dépendent du moment choisi, des documents requis, de la situation familiale et des provinces concernées.
Et il arrive parfois qu’une famille se rende compte que ce qu’elle pensait fonctionner exactement comme à la maison ne fonctionne pas.
Il est important de préciser qu’il ne s’agit pas nécessairement de problèmes liés à la relocalisation.
Il s’agit là d’éléments à prendre en compte lors d’un déménagement.
S’ils sont cernés tôt, ils peuvent éclairer les décisions et faciliter les préparatifs. S’ils sont découverts trop tard, ils peuvent s’avérer coûteux, frustrants ou causer des perturbations inutiles.
Ce sont peut-être les enfants qui ressentiront le plus ces différences
Pour les familles qui déménagent avec des enfants, l’éducation est souvent l’un des aspects les plus déterminants — et les moins bien compris — d’un déménagement interprovincial.
Le Québec en est un exemple flagrant. La législation linguistique influe sur l’admissibilité à l’enseignement en anglais, et les familles qui déménagent d’une autre province peuvent devoir vérifier si leurs enfants y sont admissibles.
Mais les questions ne se limitent pas à la langue.
Que se passe-t-il lorsqu’un étudiant provenant d’une autre province intègre le système des cégeps du Québec? Comment se comparent les programmes et les parcours éducatifs? Les mêmes programmes spécialisés sont-ils offerts?
Même à l’extérieur du Québec, les différences en matière d’éducation peuvent avoir des conséquences étonnamment importantes.
L’immersion en français peut débuter dès la maternelle dans un système scolaire, et plusieurs années plus tard dans un autre. Un enfant inscrit à un programme spécialisé dans sa communauté d’origine peut constater que le programme équivalent n’offre qu’un nombre limité de places — ou qu’il n’est tout simplement pas offert dans la communauté d’accueil.
Et l’admission à l’école n’est qu’une partie du problème.
Y a-t-il des zones de desserte scolaire? Un service de transport scolaire est-il offert? Quelles sont les modalités pour les repas de midi? La famille peut-elle bénéficier de services de garde avant et après l’école?
Ces questions peuvent influencer le choix du lieu de résidence d’une famille.
Imaginez une famille qui achète une maison dans un quartier qu’elle adore, pour découvrir ensuite que les modalités scolaires auxquelles elle s’attendait ne sont pas disponibles ou ne sont pas pratiques.
La maison est peut-être magnifique. Mais la logistique quotidienne risque d’être bien moins agréable.
Il est important de bien comprendre ces différences avant que la famille ne choisisse un quartier, et non pas après l’arrivée du camion de déménagement.
La voiture est la même. Les règles, pas forcément.
La possession d’un véhicule et la conduite constituent un autre exemple pertinent.
Un employé qui déménage de Vancouver à Montréal pourrait raisonnablement supposer que son véhicule actuel lui conviendra tout aussi bien au Québec.
Or, le Québec impose le port obligatoire des pneus d’hiver pour la plupart des véhicules de tourisme immatriculés dans la province pendant les mois d’hiver prescrits. Pour une personne habituée aux hivers relativement doux de Vancouver, cela peut représenter une dépense et des préparatifs inattendus.
En Nouvelle-Écosse, les véhicules de tourisme sont généralement soumis à des inspections périodiques de sécurité. L’Ontario n’impose pas la même obligation d’inspection périodique aux véhicules de tourisme ordinaires, bien qu’une attestation de sécurité soit exigée dans certaines circonstances.
Les modalités d’assurance automobile diffèrent également. La Saskatchewan dispose d’un régime public d’assurance automobile, tandis que l’Ontario s’en remet à des assureurs privés.
Ces problèmes ne sont pas insurmontables.
Mais elles montrent bien comment un véhicule qui fonctionnait parfaitement bien dans une province peut nécessiter des dispositions différentes dans une autre.
Et ces différences ne se limitent pas au véhicule lui-même. L’échange du permis de conduire, les délais d’immatriculation, les exigences en matière d’assurance et les documents justificatifs peuvent tous mériter une attention particulière.
Une famille n’a pas nécessairement besoin d’une explication exhaustive de la législation provinciale en matière de véhicules motorisés.
Elle doit toutefois savoir quelles exigences la concernent et à quel moment elle doit agir.
La carte d’assurance-maladie ne résume pas à elle seule le système de santé
Le secteur de la santé est peut-être un exemple encore plus parlant de la façon dont les différences provinciales influent sur la vie quotidienne.
La plupart des Canadiens savent que la santé relève des provinces.
Ce qu’ils ne réalisent peut-être pas, c’est à quel point l’accès aux soins de santé peut varier d’une personne à l’autre.
Les premières questions sont d’ordre administratif.
Comment la famille peut-elle s’inscrire au régime provincial d’assurance maladie? Quels documents faut-il fournir? Y a-t-il des dispositions transitoires ou des délais d’attente à prendre en compte? Comment la couverture sera-t-elle assurée entre le départ et l’arrivée?
Ces questions sont importantes.
Mais ce n’est qu’un début.
Comment une famille peut-elle trouver un médecin de famille? Existe-t-il un processus d’inscription centralisé, ou doit-elle communiquer directement avec chaque cabinet? Quelles sont les options de couverture des médicaments sur ordonnance, et à qui s’adressent-elles? Comment peut-on avoir accès aux services diagnostiques courants, comme les analyses de sang et les échographies?
Les systèmes provinciaux peuvent varier en ce qui concerne la répartition entre les prestataires publics et privés, les modalités d’orientation vers des spécialistes, les processus d’inscription et les services offerts.
Pour un employé en bonne santé ayant peu de besoins médicaux, ces différences peuvent ne constituer guère plus qu’un inconvénient.
Pour une famille devant gérer des soins médicaux continus, elles peuvent devenir un facteur important à prendre en compte dans la planification d’un déménagement.
Et encore une fois, l’entreprise de déménagement n’a pas besoin de devenir un fournisseur de soins de santé.
Elle doit reconnaître que l’organisation du déménagement et l’aide apportée à la famille pour se préparer à la transition sont deux responsabilités distinctes.
Le logement, c’est bien plus que simplement trouver une maison
Le logement est, à juste titre, l’une des premières préoccupations lors d’un déménagement.
Mais les différences entre les marchés immobiliers provinciaux vont au-delà des prix et de la disponibilité.
Prenons l’exemple du mode de vie des familles.
À Montréal, les grands appartements, les duplex et les triplex sont des types d’habitation courants pour les familles. Dans certaines régions de la banlieue de l’Ontario, les maisons unifamiliales sont souvent privilégiées par les familles à la recherche d’un espace comparable.
Aucune de ces deux solutions n’est intrinsèquement meilleure que l’autre.
Cependant, les employés qui arrivent avec des idées préconçues issues d’un autre marché pourraient avoir besoin d’aide pour comprendre à quoi ressemble un logement familial typique dans la région d’accueil.
Les pratiques en matière de location varient également.
Les dépôts de garantie autorisés en Alberta ne sont pas régis par les mêmes règles que ceux de l’Ontario ou du Québec. Les exigences relatives au renouvellement et à la résiliation d’un bail peuvent varier considérablement, et les dispositions du Québec en matière de préavis peuvent surprendre une personne habituée au système de location d’une autre province.
À cela s’ajoutent les coûts liés à l’achat d’une maison.
Les droits de mutation immobilière, les droits de mutation foncière et les autres frais de transaction ne sont pas uniformes à l’échelle du Canada. Un employé qui connaît bien les coûts d’achat dans une province peut se retrouver confronté à une structure différente dans une autre.
Ces différences ont leur importance lorsque les familles comparent les options de logement et déterminent leur budget.
De plus, les décisions en matière de logement sont rarement prises de manière isolée.
Un quartier qui semble idéal sur une carte peut s’avérer moins pratique une fois pris en compte le transport scolaire, l’offre de services de garde, les modalités de déplacement vers le travail et les services locaux.
La recherche d’une maison ne se résume pas à la simple recherche de propriétés convenables. Il s’agit d’un processus visant à comprendre comment une famille vivra réellement dans la région choisie.
Le secteur suit cette évolution de près
La gestion traditionnelle des déménagements nationaux s’est largement articulée autour d’un ensemble de services bien connus.
Transport des biens ménagers. Aide à la vente et à l’achat d’une maison. Hébergement temporaire. Déplacements. Gestion des dépenses.
Il s’agit là de services importants, dont la bonne prestation exige une expertise considérable.
Mais ce sont aussi des services relativement faciles à définir, à acquérir, à gérer et à évaluer.
La cargaison est-elle bien arrivée? L’employé a-t-il été remboursé correctement? Le logement temporaire a-t-il été organisé conformément à la politique? Le déménagement a-t-il respecté le budget?
Ce sont là des questions tout à fait légitimes.
Pourtant, une famille peut obtenir d’excellentes réponses à chacune d’entre elles et rencontrer malgré tout des difficultés importantes pour s’installer dans une autre province.
C’est là que, selon moi, le secteur a fait preuve d’une certaine myopie.
Nous avons passé des décennies à mettre au point des systèmes de plus en plus sophistiqués pour gérer les déplacements des employés et de leurs biens.
Nous n’avons pas toujours fait preuve de la même curiosité à l’égard des différences provinciales qui influent sur la vie de la famille après son arrivée.
Et contrairement à une affectation à l’étranger, où tout le monde s’attend à des règles et des procédures inconnues, un déménagement interprovincial peut donner un faux sentiment de familiarité.
C’est toujours le Canada. À quel point cela peut-il être différent?
Assez différent pour que le fait de poser quelques questions avant le départ puisse faire toute la différence.
Parfois, le service le plus utile, c’est une question
Un professionnel expérimenté en relocalisation pourrait demander à une famille si elle a des enfants.
Une conversation plus approfondie permettra d’aborder leurs âges, leurs besoins scolaires, les programmes spécialisés, les modalités de garde d’enfants et de savoir si la famille a réfléchi à la manière dont ces facteurs pourraient influencer son choix de lieu de résidence.
De même, savoir qu’un employé possède deux véhicules est utile pour organiser son transport.
Comprendre où ces véhicules sont destinés, comment ils seront immatriculés et si la destination impose des exigences différentes pourrait donner lieu à une discussion tout à fait différente.
Il en va de même pour les soins de santé, le logement, la fiscalité et d’autres aspects de la vie dans la province.
Il ne s’agit pas ici de submerger les employés d’une liste exhaustive de toutes les différences provinciales imaginables.
Personne n’a besoin d’un document d’information de 47 pages sur l’administration provinciale alors qu’il est déjà en train d’essayer de vendre sa maison, de changer d’emploi et d’expliquer à ses enfants pourquoi il quitte ses amis.
Il s’agit plutôt d’identifier les quelques éléments à prendre en compte qui pourraient avoir une incidence significative sur les décisions de cette famille en particulier.
Et ce, tant que ces décisions peuvent encore être modifiées.
Cela exige bien plus qu’une simple liste de vérification standard pour un déménagement.
Il faut être à l’écoute de la famille, comprendre sa situation et identifier les aspects liés à la destination qui pourraient soulever des questions auxquelles elle n’a pas encore pensé.
Le prix à payer quand on découvre quelque chose trop tard
Les programmes de réinstallation ont tendance à prendre en compte les coûts facilement identifiables.
Les factures de déménagement. L’hébergement temporaire. Les voyages pour chercher un logement. Les frais de déplacement. Les exceptions aux règles.
Mais qu’en est-il des coûts liés à une décision prise sans disposer d’informations importantes sur la destination?
Un choix de logement qui s’avère peu pratique pour la scolarité des enfants. Un retard évitable dans l’accomplissement d’une exigence provinciale. Un employé qui s’absente à plusieurs reprises de son travail pour régler des questions liées à l’établissement. Une famille qui découvre que les services sur lesquels elle comptait dans sa région d’origine fonctionnent différemment dans sa nouvelle collectivité.
Toutes ces situations n’entraînent pas nécessairement des frais de déménagement supplémentaires.
Certaines ne font que susciter de la frustration, entraîner une perte de temps ou nécessiter une nouvelle visite au service des ressources humaines.
Et comme ces conséquences sortent souvent du cadre des catégories traditionnelles de frais de réinstallation, elles risquent de ne jamais apparaître lors d’un examen du programme.
Il s’agit là d’une limite importante dans la façon dont nous évaluons la réussite d’une réinstallation.
Un déménagement peut être mené à bien dans les délais, dans les limites du budget et conformément à la politique en vigueur, sans pour autant que l’employé ait été particulièrement bien préparé à la vie sur le lieu de destination.
Une autre façon d’envisager la relocalisation interprovinciale
La solution ne consiste pas à transformer chaque déménagement d’un Canadien en une mission de consultation complexe.
La plupart des employés n’en ont pas besoin, et les employeurs ne devraient pas avoir à en assumer les coûts.
La solution ne consiste pas non plus à fournir à chaque famille qui déménage une explication exhaustive de la législation provinciale et des exigences administratives.
Cette opportunité est plus modeste, mais sans doute plus utile.
Les professionnels de la relocalisation peuvent apprendre à mieux cerner les points de convergence entre les particularités provinciales et la situation personnelle de l’employé.
Pour cela, il faut aller au-delà des services achetés et comprendre les décisions que la famille s’apprête à prendre.
Cela signifie également reconnaître qu’une même politique de réinstallation peut nécessiter un soutien pratique différent selon le lieu d’origine, la destination et la situation familiale.
Un employé qui déménage de l’Alberta en Ontario pourrait avoir besoin d’une approche différente de celle d’une personne qui déménage de l’Ontario au Québec ou en Nouvelle-Écosse.
Les avantages liés à la réinstallation peuvent rester identiques.
Les questions ne doivent pas nécessairement être les mêmes.
En fait, dans quels cas aidons-nous les gens à déménager?
Depuis des années, le secteur du déménagement s’est, à juste titre, concentré sur le transport des personnes et de leurs biens d’un endroit à un autre.
Nous sommes désormais plutôt compétents dans ce domaine.
Mais les déménagements interprovinciaux offrent l’occasion de repenser ce que devrait inclure un service d’accompagnement au déménagement efficace.
Pas nécessairement plus d’avantages. Pas nécessairement plus de dépenses. Et certainement pas une liste interminable de nouvelles tâches administratives.
Parfois, l’amélioration commence par reconnaître qu’une famille passe d’un système provincial à un autre, et pas simplement d’une adresse à une autre.
L’employé sait qu’il doit demander quand le camion de déménagement arrivera.
Ils savent poser des questions sur le logement, les écoles et le coût de la vie.
La véritable valeur de l’expertise en matière de relocalisation réside peut-être dans la capacité à identifier les questions auxquelles ils n’ont pas encore pensé.
Car le meilleur moment pour découvrir qu’un élément est important dans la nouvelle province, c’est généralement avant que la famille n’ait pris une décision qui en dépend.
